La Technique du Vitrail

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la création d'un vitrail...

Les étapes de la création d'un vitrail

    Le dictionnaire présente le vitrail comme "une composition décorative formée de pièces de verre coloré". C'est aussi une somme d'opérations manuelles complexes et de savoir artistique qui rendent notre profession si particulière. il existe plusieurs techniques pour créer un vitrail, méthode Tiffany, fusing, dalle de verre..., mais l'une d'entre elle occupe une place toute particulière par le fait qu'elle est celle par laquelle tout a commencé au Moyen-Age et qu'elle prédomine encore aujourd'hui : La méthode dite "au plomb", car c'est à l'aide de baguettes profilée de ce métal que l'on serti les verres. C'est cette technique que nous avons choisi de vous présenter ici.

    Avant d'entamer cette lecture, il vous faut savoir que nul ne détient la vérité absolu, en vitrail comme en tout. Bien que souvent très proches, Les méthode de travail diffèrent d'un atelier à un autre et nous ne prétendons pas appliquer LA bonne façon de faire. L'expérience de chacun et l'enseignement de nos maîtres sont très importants en la matière et contribuent à faire de notre art un art vivant.

      La réalisation d'un vitrail suivant la méthode traditionnelle

        Attention ! Cet article est en cours de refonte et des chapitres peuvent manquer ou être incomplets !
      • Avant tout
        • La création d'un vitrail résulte d'un processus artistique, mais contrairement à d'autres formes d'art pictural, la place laissée à l'imagination de l'artiste est ici bridée par de multiples contingences techniques. C'est là toute la difficulté et la beauté de notre profession, faire qu'une oeuvre de l'esprit se transforme en un panneau de verre respectant notre idée première mais solide et techniquement viable. Il va donc falloir jongler entre ces antagonismes pour arriver à l'oeuvre finale.

        • La maquette
          • Elle prélude toujours à la réalisation d'un vitrail. Dessin généralement exécuté au 1/10ème, elle devra tenir compte des multiples éléments techniques qui vont avoir une influence sur le rendu artistique de l'oeuvre. Si, par exemple, du fait de ses dimensions, le vitrail doit être réalisé en plusieurs panneaux, il faudra dessiner sur la maquette les barlotières (ce sont des fers en T qui séparent les différents panneaux d'un vitrail), ainsi que les vergettes ( tiges métalliques, scellées dans la maçonnerie, qui renforcent la solidité d'un panneau de vitrail). On représentera également le tracé des plombs, en noir, et la coloration du vitrail. Bien sûr, on parle de "la" maquette, mais il en faudra très souvent plusieurs avant d'arriver au résultat final, qui sera montré au client afin d'obtenir son approbation. Des premiers gribouillis à une maquette présentable, le chemin sera parfois bien long !

            Maquette d'un vitrail(Maquette du vitrail "La Guitare" réalisé par l'atelier Passion Vitrail pour la maison familiale du peintre Matisse à Bohain en Vermandois.)

          • La coloration
            • Une étape primordiale de la création, qui donne toujours lieu à d'énormes angoisses. Il s'agit de choisir les plaques de verres dans lesquelles les pièces vont être découpées. Le choix se fait bien entendu en fonction du lieu ou sera exposé le vitrail, et c'est là encore, un particularisme de cet art. Un peintre exécute son oeuvre sans se soucier de l'exposition du mur ou il risque d'être accroché et parfois, nous l'envions ! Nous devons en effet tenir compte de beaucoup de paramètres, tels que l'exposition (Nord, Sud...) la hauteur du vitrail par rapport à l'oeil des spectateurs, la région (on utilisera pas les mêmes teintes de verre à Edinbourg qu'à Grenade). C'est pourquoi le choix des verres, qui se fait en principe une première fois à l'atelier va devoir subir l'épreuve du lieu ou se tiendra le vitrail pour parfois être totalement modifié. Les maîtres verriers du Moyen -Âge avaient d'ailleurs le privilège de rentrer dans les édifices avant le lever du soleil pour capter la première lueur de l'aube jusqu'à celle du crépuscule pour en tenir compte dans le choix de leurs verres. Outre la teinte, on va également choisir le type de verre (craquelé, martelé, cordelé, plaqué, structuré, givré...) qui conviendra le mieux à chaque pièce.

              La coloration, une étape capitale dans la réalisation d'un vitrailLe choix des verres, tant dans leur structure que dans leur couleur est une étape fondamentale de la création d'un vitrail (Vitrail "Complicité", création Passion Vitrail)

            • Carton et tracé :
              • La première étape, non obligatoire consiste à reporter l'ensemble de la maquette, à l'échelle 1, c'est le "carton". Il s'avère surtout utile pour des vitraux "compliqués", la mise à l'échelle permettant de se rendre compte de défauts non visibles sur la maquette, par exemple des pièces irréalisables car trop fragiles.

                  Le tracé est lui, obligatoire et doit être traité avec le plus grand soin. De lui va dépendre le résultat final et toute erreur se verra sanctionnée par la suite. Sur un papier à fort grammage, généralement du papier bulle, on reporte, toujours à l'échelle 1, l'ensemble du tracé des plombs. Dans le cas d'un vitrail figuratif, on procédera le plus souvent à l'agrandissement de la maquette. En revanche pour une vitrerie (c'est un vitrail à motif géométrique répété) ou l'on n'a pas toujours besoin de représenter l'intégralité du panneau, on se bornera à vérifier que toutes les formes de pièces soient présentes. On portera également sur le tracé tous les éléments utiles, comme le numéro de chaque pièces suivant un code propre à chaque atelier, son orientation (bas, haut...)à l'aide de flèches, le verre à utiliser...

                • Le calque
                  • Le tracé devant être entièrement découpé lors du calibrage, il convient d'en garder une trace. Il serait difficile sans cela de savoir ou va prendre place la pièce n° 323, imaginez un puzzle sans modèle ! On va donc reproduire sur un papier calque le tracé. Chez Passion Vitrail, nous reportons souvent sur le calque en plus du numéro de chaque pièce le code du verre utilisé, permettant ainsi un deuxième contrôle lors de la coupe. Un deuxième calque est parfois utilisé lors de la mise en plomb. Placé sur la table de montage, il servira de guide lors du sertissage du panneau.

                    Calque du tracé Le calque est la "mémoire" du tracé, il en reprend tout les éléments afin de limiter les risques d'erreur ou d'oubli. (Copie d'un vitrail cistercien de l'église abbatiale d'Obazine. Réalisation Passion Vitrail.)

                  • Le calibrage
                    • L'étape qui précède et celle qui nous occupe ici offrent bien des similitudes avec la couture. Tracé ou patron, calque, découpe, un bon verrier doit ensuite pouvoir se lancer dans la mode ! Le calibrage va consister à découper le tracé suivant le dessin des plombs afin d'obtenir des "calibres", (ce mot fait toujours réagir les élèves lors de nos animations scolaires, preuve que les gangsters sont plus à la mode que les verriers), qui serviront de guide lors de la coupe des verres. Mais attention ! Il faut tenir compte de l'épaisseur de l'âme du plomb (c'est la partie transversale du profilé en H) qui séparera chaque pièce de verre lors du montage, sous peine de se retrouver avec un vitrail beaucoup plus grand qu'il n'était prévu. Cette épaisseur est d' 1.75 mm, pas grand chose me direz vous, mais multipliée par l'ensemble des plombs qui sertissent les verres d'un panneau, on peut vite arriver à devoir attaquer la maçonnerie de l'édifice au burin pour que le vitrail trouve sa place ! Fort heureusement, nous n'arrivons jamais à cette fâcheuse extrémité, le problème étant facilement résolu lors de la découpe de calibres. On procède à celle-ci à l'aide de ciseaux à trois lames qui permettent de retirer une languette de carton de.....1.75 mm, bravo vous l'aviez deviné ! Au fur et à mesure de leur découpe, les calibres sont posés sur le calque afin de vérifier qu'il n'y en a pas un qui s'est égaré par terre ou dans la poubelle, ce qui arrive plus souvent qu'on le croit.

                    • La coupe
                      • Ha, la coupe des verre ! La sueur qui coule sur le front du débutant, rien quà son évocation, tant il est persuadé de l'imminence d'un drame épouvantable ! Pourtant cette étape, qui ne nécessite qu'un outillage très réduit n'est pas aussi difficile qu'on pourrait le penser. Pour couper du verre il faut....un coupe-verre, qui comme son nom ne l'indique pas est parfaitement incapable de couper du verre ! Son passage va en revanche fragiliser celui-ci en faisant varier sa structure moléculaire déjà désordonnée à l'origine (vous ne pensiez pas que vous étiez capable de cela la dernière fois que vous avez changé un carreau n'est-ce pas ? ). On profitera ensuite lâchement de cette faiblesse en provoquant la rupture du verre à la main. En notre 21ème Siècle, les coupe-verre se déclinent en deux familles d'outils, le "diamant" présent depuis un peu plus de 400 ans, et la "roulette" en carbure de tungstène beaucoup plus récente. Les puristes (non, je n'ai pas dit intégristes !) ne jurerons que par le premier, arguant que suivre un calibre avec une roulette relève de l'exploit. Quelque soit l'outil utilisé, il ne faut pas oublier de le lubrifier à l'aide d'un dérivé de pétrole. Pour les pièces uniques, on posera le calibre préalablement coupé aux ciseaux à calibrer sur la plaque de verre et on en suivra les contours à l'aide du coupe verre. Les pièces courbes devront être réalisées en des "passes" successives. Celles présentant un tracé concave (celui-ci ne doit pas être trop prononcé, sous peine de rendre la pièce très fragile, voir impossible à réaliser) nécessitent des "coupes d'appel". Pour des pièces répétitives courbes, on pourra réaliser un calibre dans un matériaux plus résistant que le carton, ce calibre prendra alors le nom de clinquant. Enfin, dans un travail de vitrerie, ou pour réaliser les filets d'un vitrail, on aura recours à la pige.

                        Coupe du verre Coupe à l'aide d'un coupe verre comportant une roulette en carbure de tungstène. On suit avec précisison le contour du calibre, en autant de passes que nécessaire, celui-ci étant fermement maintenu sur la plaque de verre

                        coupe des verres d'un vitrail Après leur coupe, les pièces de verre sont positionnées sur le calque à la place des calibres. Ce système évite tout risque d'erreur, pièce non coupée ou coupée deux fois.

                      • La peinture
                        • Si le vitrail le nécessite, c'est l'étape qui suit la coupe. Sa complexité fait qu'elle nécessiterait à elle seule un article complet. Aussi nous bornerons nous à dire qu'elle est appliquée à partir d'une solution d'oxydes métalliques appelée "grisaille" diluée par différents véhicules tels que l'eau ou le vinaigre. Après application, les pièces de verres sont mises au four à une température d'environ 630° afin de garantir la tenue dans le temps de la peinture.

                        • La mise en plomb
                          • Aussi appelé « sertissage », il consiste à assembler les verres.

                            Sertissage d'un vitrail (Vitrail "La Guitare" réalisé par l'atelier Passion Vitrail pour la maison familiale du peintre Matisse à Bohain en Vermandois.)

                              En cours d'élaboration

                              Mise en plomb d'un vitrail En cours de montage, le vitrail est maintenu par des cales de bois et des clous spécifiques appelés "clous de montage".(Vitrail "La Guitare" réalisé par l'atelier Passion Vitrail pour la maison familiale du peintre Matisse à Bohain en Vermandois.)

                            • Le soudage
                              • Une fois le panneau assemblé, il est clair qu'il va falloir faire tenir tout ça d'une manière définitive. Nous allons donc souder les plombs à chacune de leurs intersections. Pour cela on utilise des baguettes formées d'un alliage d'étain et de plomb dans une proportion de 60% d'étain pour 40% de plomb. Tout le monde sait qu'un alliage fond à plus basse température que les métaux qui le compose ( Ha, vous ne le saviez pas ? Rassurez vous, moi je n'ai jamais compris pourquoi ! ) et notre baguette fondra donc à une température d'environ 200° ce qui permet de ne pas endommager la résille de plomb, qui elle fond aux alentours de 320°. Le plomb est un métal qui s'oxyde facilement, il va donc falloir le décaper avant soudage, sans cela aucune adhérence de l'étain n'est possible. On passera donc de l'oléine (c'est un liquide qui entre dans la composition de nombreux corps gras, on peut également utiliser de la stéarine) sur chaque intersection des plombs, soit à l'aide d'un pinceau, soit en trempant l'extrémité de la baguette d'étain dans ce liquide. On utilise ensuite un fer à souder, si possible (c'est même très fortement recommandé) thermostaté, c'est à dire dont l'alimentation électrique se coupe passé une certaine température. En rapprochant la panne du fer (c'est à dire son extrémité) de la baguette placée à l'endroit ou l'on désire souder on va faire fondre l'extrémité de celle ci qui va venir se déposer sur le plomb. Une belle soudure doit être légèrement bombée, et centrée sur l'intersection des plombs. Les deux faces du vitrail doivent être soudées à une exception : Sur l'entourage de la face arrière, on ne soude généralement pas les plombs de bordure. Cela permet un démontage plus aisé en cas de casse lors du montage du panneau.

                                Soudage d'un vitrail(Vitrail "La Guitare" réalisé par l'atelier Passion Vitrail pour la maison familiale du peintre Matisse à Bohain en Vermandois.)

                              • Le masticage
                                • Un panneau de vitrail tel qu'exécuté suivant les techniques décrites plus haut n'est pas étanche. Bien que les ailes du plomb aient été rabattues, l'air et l'eau peuvent passer par dessous et pénétrer à l'intérieur de l'édifice. Aussi, pour assurer l'étanchéité et rigidifier le panneau, il convient d'appliquer un mastic sur l'ensemble de celui-ci. Le mastic est constitué de blanc de Meudon, d'huile de lin, de noir de fumée, de siccatif... bref, c'est un brouet de sorcière, dont la consistance rappelle une pâte à crêpes, que l'on prépare à l'atelier dans une large cuvette. On l'applique à l'aide d'une grosse brosse ronde sur l'ensemble du panneau en insistant à l'abord des plombs. Le panneau est ensuite nettoyé à la sciure de bois à l'aide d'une brosse dure (pour les panneaux sans peinture). Cette opération est effectuée des deux cotés du vitrail. Dans certains ateliers, le masticage à lieu avant de rabattre les plombs, d'autres ne les rabattent que sur la face avant, mastiquent les deux faces et rabattent sur l'arrière, toutes les solutions existent. Lors d'une restauration sur un vitrail dont les verres sont très fragiles, ou comportant des pièces peintes, le masticage se fait au doigt, uniquement sous les plombs afin de ne pas endommager les verres ou les peintures. Un panneau mastiqué devra ensuite sécher durant une période variant fortement en fonction de la météo. Comme pour le refroidissement du fût d'un canon, cela prend "un certain temps" !

                                  Masticage du vitrail Après avoir été recouvert de mastic, le panneau est nettoyé à la sciure de bois à l'aide d'une brosse dure. (Vitrail collection privée)

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