Dans l'association ou je fais du vitrail , lorsque nous avions un site , j'avais fais une compilation de l'histoire du vitrail en m'aidant de lectures dans des livres et sur le web - En voici le contenu (non exhaustif)
Histoire du vitrail
Les origines
Il est difficile de situer l’origine exacte de l’art du vitrail
Les verriers de l’antiquité maîtrisaient déjà la fabrication du verre dans divers coloris et avec l’avènement du soufflage au 1er siècle avant JC., il est envisageable qu’ils aient utilisé des plaques de verre pour décorer des fenêtres . Les fouilles de Pompeï (ensevelie en 79 après J.C.) et de Saint-Rémy de Provence ont révélées que le verre était utilisé pour clore les fenêtres
Photo 1 > Les fouilles de Stonea Grange GB datant du IIème ou IIIème siècle après JC)

Les premiers textes qui évoquent cette utilisation sont ceux du poète Prudence (348-410) : "dans les fenêtres cintrées de la basilique brillent des verres aux couleurs innombrables" Il parlait des «verrières» (grandes ouvertures parées de vitraux) translucides de Ste Sophie (Constantinople 345)
Il s’agissait alors probablement de claustras de bois, de pierre ou de stuc dans lesquels étaient enchâssés des morceaux de verre.
Au cours de l’histoire du vitrail, trois grandes familles de verrières vont coexister.
Les "verrières figurées" représentent des personnages de la chrétienté, souvent reconnaissables à la symbolique qui les entoure.
On trouve ensuite les "verrières historiées", qui illustrent des passages de la Bible ou de la vie des Saints.
Enfin, les "verrières décoratives" non figuratives peuvent représenter des motifs héraldiques (des blasons ou des armoiries).
Les tout premiers vestiges retrouvés à Saint Vital de Ravenne
http://www.icvbc.cnr.it/bivi/schede/Emi ... onale1.htm < (Photo 2)
semblent dater de 540 . En Syrie, des fragments de verre de couleur ont été découverts à Qsar-el-Heir-el-Garbi dans les ruines d’un palais construit en 727 et abandonné vers 750 . Certains de ces fragments étaient peints à la grisaille noire. Ils provenaient de claires-voies de stuc à motifs d’entrelacs et d’arabesques . D’autres fragments ont été trouvés en Egypte et en Mésopotamie datant respectivement des 7ème et 9ème siècles, alors que le plus ancien vitrail qui ait été trouvé en Occident semble dater de la seconde moitié du 9ème siècle . Il s’agit des restes de ce qui semble être une tête de Christ, découverte lors de fouilles effectuées à Lorsch en Allemagne
Photo 3 > Christ de Lorsch

Une autre tête a été découverte en Alsace à Wissembourg et aurait été exécutée aux environs de 1070. Elle est conservée au musée de l’Oeuvre Notre-Dame à Strasbourg.
Photo 4 > Tête de Wissembourg

Le « vitrail » parait avoir des origines orientales et il s’est propagé vers l’Occident , comme le soufflage du verre.
Les 12ème et 13ème siècles
Les plus anciens vitraux encore en place dans le monde sont ceux de la cathédrale d’Augsbourg. Ils ont été exécutés vers 1100 . Dans le premier tiers du 12ème siècle, un moine rhénan , Théophile , rédige un traité intitulé "Schedula Diversarum Artium". Son ouvrage est composé de trois livres : le dernier est consacré à la fabrication du verre et des vitraux. Malgré la disparition d’une partie de ce livre , nous pouvons y trouver des données concernant la construction de fours, l’élaboration d’un vitrail, l’utilisation de la grisaille et la mise en plomb tout à fait applicables encore aujourd’hui.
Le verre était soufflé selon la technique dite « bohémienne » ou « lorraine » du verre soufflé en «manchon»
> viewtopic.php?p=1637#p1637 :le verrier souffle une bulle
< (Photo 5) : pour produire un cylindre dont il coupe les deux extrémités et qu’il fend sur toute sa longueur à l’aide d’un fer rougi au feu . Ce cylindre ouvert est ensuite déroulé en le plaçant dans un four et une feuille à peu près rectangulaire est ainsi formée Dans la technique « normande » du verre soufflé en «cive»
> viewtopic.php?p=1637#p1637 ou «plateau» : le verrier souffle une bulle qu’il ouvre à une extrémité et par un mouvement très rapide de rotation , il obtient un disque plat . En France, c’est à St Denis que l’on peut observer les plus anciens vitraux encore en place. Ils ont pu être datés avec certitude grâce aux récits de l’abbé Suger qui régna sur l’abbaye de 1122 à 1151. Celui-ci, les avait fait réaliser à son initiative entre 1140 et 1144.Le verrier ne disposait que d’une grisaille au ton brun chaud composé d’oxyde de cuivre ou de fer mélangé , de «fritte» (verre broyé finement) et, pour peindre ces motifs, il utilisait comme liant soit du vinaigre , du vin , de l’urine ou encore du fiel de bœuf . Il l’appliquait selon trois méthodes, en trait appuyé pour les contours, en aplat pour nuancer la teinte du verre et en une couche plus appuyée pour éventuellement renforcer les parties ombrées. Il pouvait alors, après séchage, pratiquer des «enlevés» (technique consistant à faire apparaitre les détails en enlevant la grisaille encore fraiche à l’aide d’une aiguille ou d’un manche de pinceau) - pour figurer une barbe ou des cheveux et faire plus ou moins ressortir une partie en jouant sur le contraste de la grisaille.
A cette période les moines cisterciens bannirent les représentations figurées et la couleur pour la décoration de leurs églises. Ils réaliseront alors de superbes vitraux d’inspiration orientale à motifs d’entrelacs . Au cours des 12ème et 13ème siècle, le vitrail prend une place de plus en plus importante dans la décoration des églises et devient de plus en plus monumental . Entre 1170 et 1270, la France entreprend la construction d’une centaine d’édifices religieux. Les peintres verriers vont alors atteindre un haut degré de perfection.
Outre « l’arbre de Jessé » représentant l’arbre généalogique de Jésus de Nazareth , les verrières de l’époque présentent fréquemment des passages de la bible sous forme de scènes intégrées dans des médaillons ronds ou carrés superposés ou juxtaposés
Photo 6 > Arbre de Jessé

Certaines cathédrales romanes se voient dotées de verrières aux représentations monumentales comme le vitrail de Notre-Dame de la Belle Verrière à Chartres et la verrière de la crucifixion à Poitiers
Photo 7 >
Notre Dame de la belle Verrière – Crédit photo : Documentaires Alpha, Chartres, Paris, 1972).Les «lancettes» (ouvertures allongées verticalement , surmontées d’un arc – tête de lancette) engendrées par la division des fenêtres, qui sont de plus en plus grandes, sont occupées par de grands personnages isolés ou non placés dans des architectures décoratives et les roses grandioses offrent un merveilleux écrin au vitrail désormais incontournable.
Le 14ème siècle
Au début du 14ème siècle (en 1310), les verriers commencent à utiliser le «jaune d’argent» (mélange d’ocre jaune neutre et de sulfure d’argent ou d’ocre jaune neutre et de chlorure d’argent) , qui servait depuis des siècles à décorer la faïence. Il permet de donner à un verre incolore une teinte allant du jaune pâle au jaune orangé intense ou, par exemple, de modifier la teinte d’un verre bleu qui, additionné au jaune d’argent, devient vert . La peinture gagne en raffinement en s’inspirant de l’art de la miniature, les réseaux de médaillons disparaissent progressivement et les scènes , ou personnages , s’inscrivent dans des architectures imaginaires surmontées d’arcades.
Le 15ème siècle
Les peintres verriers intègrent des effets de perspective en représentant les personnages dans des architectures tridimensionnelles de style gothique flamboyant sur fonds damassés . Les maitres verriers , profitant des innovations dans le domaine de la fabrication du verre , développent la gravure sur verre, le verre vénitien fait son apparition et il est utilisé pour figurer des vêtements.
A cette époque , ils réalisent , également , les premiers sertissages «en chef-d’œuvre» . On appelle « sertissage en chef-d’œuvre », l’incrustation d’un verre, souvent rond, tenu par un plomb, à l’intérieur d’un autre verre plus grand et de couleur différente . Ce travail permettait au compagnon d’obtenir sa maitrise. D’où le nom de «chef-d’œuvre» . Grâce à ce procédé, on pouvait dessiner les blasons des donateurs ou le décor des vêtements.
Le 16ème siècle
La coupe du verre s’effectue au diamant et non plus au fer rouge
Les paysages remplacent progressivement les fonds damassés, une nouvelle grisaille s’ajoute à la palette des peintres verriers, il s’agit de la sanguine également appelée Jean Cousin. A base d’hématite de fer, elle permet d’obtenir la couleur de la carnation et autorise un rendu très réaliste du corps humain, et même de certaines chevelures . Oubliant les divisions en lancettes , les verriers représentent, à présent, le plus souvent une scène unique occupant la totalité de la baie . Une autre découverte révolutionne le monde du vitrail : les émaux, bleu et vert dans un premier temps, puis violet et rouge. Ils permettent, comme le jaune d’argent, de faire varier les couleurs au sein d’une scène sans avoir recours à une coupe et offrent, en combinaison avec les verres plaqués gravés, une multitude de possibilités.
C’est à Montfort-L’Amaury que l’on peut voir le plus ancien exemple d’utilisation de l’émail bleu, daté de 1543, dans la verrière de l’Enfance du Christ et celle de l’émail violet (1544) dans la verrière de l’Ecce Homo . Les verriers commencent à signer leurs œuvres . Le vitrail finit par s’appliquer à l’architecture civile en dotant les grandes demeures de vitreries ornementales, de «vitreries» (souvent claires et sans peinture - appellation donnée lorsque le dessin est géométrique et répétitif – par exemple des losanges) intégrant parfois des «rondels» (médaillons décorés d’un motif religieux ou profane et placés au milieu d’une fenêtre) ou encore des scènes légendaires .
Le 17ème siècle
Un besoin de clarté se fait ressentir.
Ainsi, la vitrerie claire se marie-t-elle mieux avec l’architecture classique de l’époque et les vitraux aux multiples couleurs disparaissent peu à peu entrainant avec eux une grande partie du savoir-faire des maitres verriers.
Au 18ème siècle
La recherche de lumière s’accentue . Le vitrail civil connait alors un succès grandissant et les demeures s’ornent de nouveaux motifs géométriques plus complexes comme les «vitreries à bornes» (utilisation d’un hexagone allongé comme motif de vitrerie). Les émaux et le jaune d’argent sont alors relégués en bordure ou encore dans un décor central.
Mais cela ne suffit pas à maintenir l’activité des artistes verriers qui, contraints et forcés, ferment leurs ateliers dans tout le pays, jusqu’a n’être plus qu’une poignée à l’heure de la révolution.
L’après révolution
Les ravages occasionnés sur le patrimoine vitré français lors de cette période sont considérables. Malheureusement, le savoir-faire qui avait fait la réputation des maitres verriers français a disparu avec eux faute de pratique et de transmission de la connaissance . Nombre de personnes tentent alors de retrouver les anciens procédés de fabrication du verre avec plus ou moins de réussite. Elles se tournent alors vers d’autres pays autrefois producteurs . La peinture sur verre renait et est utilisée à profusion sur des vitraux qui ne comportent quasiment plus de réseau de plomb, d’où leur appellation de «vitrail-tableau» (vitrail ne montrant qu’une seule scène , en ignorant la division de la fenêtre par les meneaux)
Photo 8 > Vitrail tableau

Parallèlement, d’autres verriers s’ingénient à utiliser le verre teinté dans la masse à la manière du 13ème siècle pour des vitraux que l’on qualifiera de «vitraux archéologiques» (vitraux qui reprennent les motifs décoratifs du XIIème au XVIème siècle)
Cependant, si les techniques ancestrales d’application et de composition de la peinture sur verre ont été retrouvées, il n’en est pas de même pour les techniques de cuisson et de mise en plomb.
Une grande campagne de restauration est lancée en France sous la houlette d’Eugène Viollet-le-Duc, inspecteur général du tout nouveau service des monuments historiques, qui prendra une grande part dans la réhabilitation du vitrail . Au XIXème siècle de nouveaux type de verres apparaissent , tels les «verres opalescents» (des verres à l’aspect laiteux provenant de particules en suspension qui réfléchissent et dispersent la lumière) et les verres imprimés d’un relief qui permettent la création de style « Art Nouveau » et par la suite « Art Déco » . En 1879 , John La Farge créé le premier vitrail utilisant des verres opalescents . Il dépose alors un brevet et déclare qu’il fera des placages de verres opalescents sur des panneaux de verres colorés . Huit mois plus tard, Louis Comfort Tiffany dépose à son tour un brevet , expliquant comment il compte réaliser ce placage (avec une couche d’air entre) . Le brevet est accepté et il en résulte une compétition féroce entre les deux créateurs et qui durera toute leur vie . Dans les vitraux de Tiffany , les verres sont sertis d’une lame de cuivre rabattue de quelque millimètres sur chaque face . On rassemble ensuite toutes les pièces du vitrail et on étame les lames de cuivre pour lier ensemble tous les verres
Photo 9 > Baie Tiffany

L’art nouveau et ses inspirations poétiques et végétales, suivi vers 1920 de l’art déco aux formes plus stylisées donneront naissance à une multitude de verrières alliant les techniques de gravure, de peinture, de montage, voire d’inclusion.
La première guerre mondiale privera malheureusement le pays d’une partie de son patrimoine verrier. En ce qui concerne la seconde guerre mondiale , beaucoup de vitraux seront déposés et retrouveront leur places parfois très longtemps après la fin des conflits . Au cours de ce 20ème siècle, de grands peintres s’exprimeront à travers le vitrail en s’associant aux maîtres verriers et livreront leurs visions des saintes écritures . Marc Chagall, George Braque, Henri Matisse ou encore Alfred Manessier, pour ne citer qu’eux, souligneront ainsi la capacité de cet art ancestral à s’adapter à ces contemporains .
Photo 10 > Vitrail dessiné par Braque

Crédits photos :
Photo 1 - Info Vitrail : http://www.infovitrail.com/verre/coulag ... e-plat.php
Photo 2 - Info Vitrail : http://www.infovitrail.com/decoration/p ... orique.php
Photo 3 - Info Vitrail : http://www.infovitrail.com/decoration/p ... orique.php
Photo 4 - Info Vitrail : http://www.infovitrail.com/decoration/p ... orique.php
Photo 5 - Petite histoire de Saint-Just-Saint-Rambert :
Détail du vitrail du cinéma Le Family, présenté à l'exposition internationale de Paris en 1937 : http://www.forez-info.com/encyclopedie/ ... t_217.html
Photo 6 – AMSE : http://www.amse.asso.fr/glossaire/glossaire-A.htm
Photo 7 - The Marian Library/International Marian Research Institute, Dayton : http://campus.udayton.edu/mary/resource ... rtres.html
Photo 8 –
Photo 9 – L’art et les artistes : http://pagesperso-orange.fr/lesartistes ... ffany.html
Photo 10 – Vitrail dû à Braque dans la petite église de Varengeville-sur-Mer (Photo Eric): http://picasaweb.google.com/eric.tarazo ... 0989831586



